Réaction de Nicolas Vion, Président de la Commission tourisme de la FEDOM au rapport NOGUE sur le tourisme

Réaction de Nicolas Vion, Président de la Commission tourisme de la FEDOM au rapport NOGUE sur le tourisme

En préalable aux Assises du tourisme,

– Madame Sylvia PINEL, Ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme,

– Monsieur Michel SAPIN Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social,

– Monsieur Thierry REPENTIN, Ministre délégué à la formation professionnelle et à l’apprentissage ont signé le 26 février 2013 une lettre de Mission à :

Monsieur François NOGUÉ, Président du Conseil d’administration de Pôle emploi.

Cette lettre de mission stipule notamment : « Votre mission visera notamment à éclairer les conditions de développement de l’emploi dans ce secteur et à proposer les orientations d’une nouvelle politique de l’emploi pour ce secteur… » (page 2 de la lettre de mission).

Ce rapport de mission souligne une nouvelle fois des paramètres bien connus des professionnels sur l’employabilité dans le secteur, la capacité de la filière à créer des emplois, les requis nécessaires, et la palette des formations existantes, suffisantes ou à parfaire.

Nous prenons note à nouveau, des éclairages apportés aux diverses palettes de la formation : apprentissage, alternance, formations validantes, CQP, VAE, etc… de la mise en lumière de la nécessité du financement dédié de la fonction tutoriale au moyen du Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (FPSPF), etc…

Nous restons attentifs également à certaines propositions concernant les perspectives de « contrats de filières » (page 57), les interrogations du rapporteur relatives au Contrat Saisonnier Intermittent (Page 54), à la perspective de mise en place d’un « Comité stratégique de filières » (page 58), ou encore le rappel au Titre emploi services entreprises, le TESE, sauf que ce dernier n’est exclusivement applicable que dans l’hexagone !

Tout cela demande des définitions de périmètre plus précises.

D’autres points nous semblent cependant moins connectés à la réalité des entreprises du secteur, déjà confronté à de fortes difficultés, comme (par exemple) :

• Le projet de création éventuelle d’un groupement d’intérêt économique, extension d’Atout France ? qui serait destiné à promouvoir, entre autres, des niveaux de rémunération garantis aux salariés de toutes catégories, uncadre d’emplois des personnels saisonniers, des programmes de formation professionnelle… (page 59), ou encore

• La multiplication proposée des Maisons des saisonniers sur tout le territoire pour un coût estimé de 50.000 ! par maison, ce qui aurait pour conséquence de participer à augmenter la dépense publique sur une longue période, pour une efficacité à propos de laquelle on peut s’interroger ?

Notons encore cette appréciation du rapporteur (page 50) :

Le recours au contrat de génération et les 4 000 ! d’aide annuelle pendant 3 ans, permet de réduire au global le coût de travail de 40%, si l’on cumule l’aide précitée, les allègements de charge Fillon et le bénéfice du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi), sauf que les allègements de charge Fillon ne sont pas cumulables avec les aides de la LODÉOM, ce qui montre que, sur beaucoup de points : Ce rapport de mission ne prend absolument pas en compte les DOM, pas plus que l’Outre-mer en général.

Un constat qui peut en expliquer un autre …

Cependant à notre grand regret, ce rapport occulte ou ignore l’essentiel d’une ENTREPRISE : sa compétitivité.

C’est bien d’avoir des territoires attractifs, mais sans entreprises compétitives, il ne peut y avoir de création véritable de valeurs et d’emploi.

Cette mission s’inscrit totalement, cela nous semble évident, dans l’objectif d’un CICE Ultramarin majoré par rapport au niveau hexagonal, mesure réclamée par le monde ultramarin pour restaurer sa compétitivité dans son environnement géographique, dans un secteur reconnu, par le rapport même, comme âprement concurrentiel, compétitivité qui seule permettra la création des emplois indispensables à une meilleure qualité des services à la clientèle.

C’est pourquoi nous nous étonnons une fois de plus que l’outre mer n’ait pas été auditionnée par le rapporteur, à moins que celui-ci n’ait envisagé de réduire sa mission au seul cadre hexagonal, excluant ainsi du champ national l’ensemble de nos départements d’outre mer ?

 

Mais pourquoi ne pas l’avoir annoncé pour éviter toute ambiguïté ?

 

Si nous avions été consultés, ne serait-ce qu’au niveau de notre représentation FEDOM, nous aurions naturellement mis en lumière qu’il ne peut y avoir de développement de l’emploi dans le secteur touristique, que si les diverses entreprises qui le compose sont compétitives, ce qui est une condition indispensable, à défaut d’être suffisante.

Monsieur le Président de la République a déclaré qu’il voulait faire du tourisme une grande cause nationale. Il sait pour avoir initié le concept de CICE, que l’emploi passe par l’amélioration de la compétitivité, et qu’outre les aspects vertueux de l’accès à l’emploi pour un plus grand nombre de demandeurs, c’est aussi un point fort de réduction de la dépense publique.

Mr NOGUÉ écrit dans son introduction (1ère phrase) : « Le secteur du Tourisme est aux avant postes de la lutte pour l’emploi. » et nous ne pouvons qu’acquiescer avec lui.

Nous ne pouvons que suivre le rapporteur lorsqu’il ajoute (ce que notre organisation martèle sans relâche depuis de nombreuses années) :

– Tant au niveau national que dans les territoires, les pouvoirs publics français prennent la mesure du rôle de levier majeur que peut jouer le tourisme dans l’économie du pays, de sa capacité d’entraînement sur différents secteurs d’activités, de son intérêt du point de vue de l’aménagement du territoire, de sonpoids dans les équilibres de la balance des paiements du pays.

– Tous biens et services confondus, la consommation touristique intérieure (CTI) représente près de 10 % de la consommation finale effective des ménages !

Nous déplorons, tout comme Monsieur le Rapporteur, que :

–   Selon le dernier rapport du Forum Economique Mondial, la France a reculé de la 3ème à la 7ème place en termes de compétitivité dans le tourisme, devancée une fois encore par l’Allemagne et la Suisse.

–   Sur la « priorité donnée au secteur du tourisme » par les pouvoirs publics, la France n’arrive qu’au 74ème rang !

Nous sommes interpellés à nouveau sur une prise en compte éventuelle de l’Outre-mer par Monsieur le Rapporteur, lorsque nous lisons page 25 du rapport, que les régions touristiques françaises citées par le rapporteur sont : Les Pays de Loire, de l’Auvergne et de PACA, l’Aquitaine, le Limousin, et le Rhône- Alpes.

 

Les Outre-mers ne feraient-ils pas partie de la France ?

 

Page 36 est développé un volet intéressant sur la professionnalisation des conditions de travail, mais à aucun moment il n’est fait référence à la compétitivité des entreprises, au poids des charges, à la faiblesse des marges comme si le social allait créer la richesse alors que l’on sait bien que c’est l’inverse : c’est la richesse qui permet d’améliorer le social.

C’est toute l’ambiguïté de cette étude qui semble déconnectée de la réalité économique de la vie des entreprises, dont il est dit par ailleurs que certaines disparaissent chaque année.

Or si les entreprises étaient rentables, disparaîtraient-elles, ne trouveraient-elles pas repreneur ?

C’est le point essentiel sur lequel, selon nous, aurait dû porter la problématique du développement de l’emploi.

Lorsqu’il est dit (page 65) :

 » Il faut que les emplois à pourvoir soient suffisamment attractifs : les efforts, encore inégaux, entrepris par les professionnels sur les conditions de travail proposées devront être renforcés pour redresser significativement l’image du secteur et de ses métiers. C’est la condition pour s’y orienter par choix, et non « par défaut ». »

Nous en sommes bien d’accord, cela passe, et ce n’est pas dit explicitement, par une meilleure compétitivité de l’entreprise, une diminution des charges, une restauration des marges, une possibilité d’accès à des financements pour les investissements, en particulier de rénovations, plus lisibles et plus aisées.

 

Voilà quelques points du rapport de Mr NOGUÉ, remis aux Ministres l’ayant missionné, le 7 novembre 2013, sur lesquels nous voulions attirer l’attention et qui sont loin d’être mineurs cependant.

 

 

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